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Comment être parent à l’heure des guerres de chapelle éducatives ?

il y a 2 heures
5 min de lecture


Éducation positive, parentalité bienveillante, autorité, limites… Les parents sont aujourd’hui confrontés à une multitude de discours sur la « bonne » façon d’éduquer leur enfant. Entre injonctions des réseaux sociaux et modèles éducatifs parfois très opposés, comment trouver sa propre manière d’être parent sans se perdre ?


Éducation positive, éducation traditionnelle : quelles sont les grandes tendances éducatives ?


On oppose souvent aujourd’hui une éducation dite « traditionnelle », davantage centrée sur l’autorité, les limites et l’obéissance, à une éducation dite « positive » ou « bienveillante », davantage attentive aux émotions et aux besoins de l’enfant.

Cette opposition est pourtant souvent caricaturale. Dans la réalité, la plupart des parents naviguent entre différentes approches et cherchent surtout à trouver ce qui fonctionne pour leur famille et pour leur enfant.

Après des siècles durant lesquels les limites imposées aux familles, aux parents et donc aux enfants étaient particulièrement fortes, nous avons progressivement vu émerger une valorisation de l’autonomie, de la libre expression, de l'épanouissement personnel et de la prise en compte des émotions de l’enfant.

Ce déplacement était nécessaire. Mais comme tout mouvement de balancier, il peut aussi produire de nouveaux excès lorsqu'il est appliqué sans nuance.

Une grande partie des consultations que je reçois concerne justement les difficultés qui apparaissent lorsque les parents cherchent à appliquer de manière rigide un modèle éducatif. À force de vouloir « bien faire », certains parents peuvent avoir le sentiment qu'ils doivent toujours trouver la bonne réaction, la bonne phrase ou la bonne méthode.


Entre ceux qui regrettent une époque où l'autorité parentale était peu questionnée et ceux qui défendent une parentalité toujours plus positive et bienveillante, les parents ont finalement de nombreuses raisons de se sentir perdus.


Faut-il choisir une méthode éducative pour être un bon parent ?


Je ne le pense pas. Il me semble beaucoup plus intéressant, lorsqu'on devient parent, de commencer par clarifier sa propre histoire infantile et de mettre sur la table ce que l'on a soi-même connu dans son enfance.

La grande majorité des parents que je rencontre colore leur rapport à leur enfant avec leur propre histoire, souvent sans même s'en rendre compte. Nous pouvons reproduire certains comportements parce qu'ils nous sont familiers. Mais nous pouvons aussi faire exactement l'inverse de ce que nous avons connu, parfois avec la même rigidité.


Un parent qui a connu une enfance marquée par une autorité très forte pourra, par exemple, avoir tendance à reproduire ce modèle. Mais il pourra aussi, à l'inverse, chercher à protéger son enfant de ce qu'il a lui-même vécu en adoptant une parentalité extrêmement permissive.


Dans les deux cas, le risque est de ne plus réellement partir de l'enfant que l'on a devant soi, mais de répondre à sa propre histoire. Le travail consiste donc moins à choisir entre différentes « chapelles » éducatives qu'à comprendre ce qui nous anime en tant que parent.


Qu'est-ce que je reproduis ? Qu'est-ce que je cherche absolument à éviter ? Pourquoi telle attitude de mon enfant me met-elle particulièrement en difficulté ? Pourquoi ai-je autant besoin qu'il obéisse ? Pourquoi est-ce si difficile pour moi de lui poser une limite ?

Ces questions permettent progressivement de sortir d'une application trop rigide d'un modèle éducatif.


Comment trouver son propre équilibre entre autorité et bienveillance ?


Être un parent attentif aux émotions de son enfant ne signifie pas nécessairement répondre à toutes ses demandes. De la même manière, poser des limites ne signifie pas être un parent autoritaire au sens traditionnel du terme.

Il est possible de prendre en compte les émotions d'un enfant tout en maintenant une limite.

Un enfant peut être profondément en colère parce que son parent lui refuse quelque chose et avoir besoin que cette émotion soit entendue, sans pour autant que la règle soit modifiée.

C'est précisément cette capacité à tenir ensemble plusieurs dimensions qui me semble importante : écouter l'enfant sans lui laisser toute la responsabilité, poser des limites sans humilier, accompagner les émotions sans chercher à les faire disparaître immédiatement.


Il n'existe pas nécessairement une réponse unique qui fonctionnerait avec tous les enfants.

Un enfant particulièrement anxieux, un enfant très impulsif, un enfant qui a besoin de beaucoup d'autonomie ou un enfant qui présente des difficultés importantes de séparation ne sollicitent pas exactement les mêmes réponses de la part de leurs parents.

L'éducation doit donc pouvoir rester suffisamment souple pour s'adapter à la personnalité de l'enfant, à son âge, à son développement et à la réalité de la famille.


Les réseaux sociaux donnent parfois l'impression qu'il existe une « bonne » façon d'éduquer son enfant...


On y voit des parents qui semblent toujours savoir quoi faire : la bonne réaction face à une colère, le bon mot face à une opposition, la bonne méthode pour faire dormir son enfant, la bonne manière de poser une limite…

Cette exposition permanente peut donner aux parents le sentiment qu'une erreur éducative risque nécessairement de laisser une trace sur leur enfant.

Or la parentalité réelle est beaucoup plus faite d'essais, d'ajustements, de tâtonnements et parfois d'erreurs.

Il faut également garder à l'esprit que les réseaux sociaux ne montrent qu'une partie de la réalité. Les parents influenceurs comme les professionnels qui y prennent la parole choisissent ce qu'ils montrent, dans un contexte qui peut aussi avoir une dimension commerciale.

La vie familiale quotidienne est évidemment beaucoup moins lisse.

Un parent peut perdre patience. Il peut poser une limite maladroitement. Il peut changer d'avis. Il peut reconnaître qu'il s'est trompé auprès de son enfant.

Ce n'est pas nécessairement ce qui abîme la relation parent-enfant.

La question est davantage celle de la capacité à réparer, à mettre en mots, à ajuster sa manière de faire et à maintenir une relation suffisamment sécurisante.


Comment se libérer des injonctions à être un parent parfait ?


Il me semble finalement important de sortir de cette idée selon laquelle être un bon parent consisterait à toujours adopter la bonne réaction.

L'enfant n'a pas besoin d'un parent parfait. Il a besoin de parents suffisamment disponibles, capables de poser des limites, de s'adapter à lui et surtout de pouvoir réfléchir à ce qui se passe dans leur relation.

C'est aussi pour cette raison que les consultations de guidance parentale peuvent être utiles lorsqu'une famille se sent bloquée dans un fonctionnement.

Il s'agit de prendre un temps pour comprendre ce qui se joue dans la relation avec l'enfant, ce qui appartient à son histoire, ce qui appartient à celle de ses parents et ce qui, concrètement, fonctionne ou ne fonctionne pas dans cette famille.

Il ne s'agit donc pas de devenir un parent parfait, mais de devenir progressivement un parent plus conscient de ce qu'il transmet et plus libre dans ses choix éducatifs.

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