Pourquoi proposer une prise en charge familiale pour accompagner un enfant ?
Lorsqu’un enfant rencontre des difficultés (troubles du sommeil, agitation, souffrance scolaire, difficultés émotionnelles, anxiété, repli....), les parents se demandent souvent s’il est nécessaire de consulter un psychologue. Et lorsqu’une consultation est envisagée, une autre question apparaît rapidement : faut-il voir l’enfant seul, recevoir ses parents, ou travailler avec toute la famille ?
Je considère que l’enfant ne peut pas être pensé indépendamment de son environnement. Une difficulté chez l’enfant s’inscrit toujours dans une histoire et dans un contexte relationnel qu’il est important de comprendre avant de chercher à faire disparaître un symptôme.
Tous les enfants n’ont pas besoin d’un suivi psychologique
L’enfance est une période fondamentale du développement. C’est au cours de ces premières années que l’enfant va progressivement construire sa personnalité, son rapport aux autres, sa confiance en lui et sa manière de comprendre le monde qui l’entoure.
Ces constructions peuvent ensuite être remises en mouvement lors des grandes étapes de la vie : une naissance, un deuil, une séparation, une entrée à l’école, l’adolescence, une union ou encore une perte.
Pour autant, tous les enfants qui traversent une difficulté n’ont pas besoin de consulter un psychologue. De la même manière, aucun parent n’a besoin d’être parfait pour permettre à son enfant de grandir de manière suffisamment sécurisée et épanouissante.
Je recommande davantage une consultation lorsque les difficultés s’installent, deviennent envahissantes ou commencent à avoir des conséquences sur le quotidien de l’enfant, mais également lorsque les parents ont le sentiment de ne plus parvenir à comprendre ce qui se joue ou à accompagner leur enfant seuls.
Pourquoi rencontrer les parents avec l’enfant ?
Dans ma pratique, je reçois l’enfant avec ses deux parents lors du premier entretien, et parfois avec les beaux-parents lorsque leur place dans la vie de l’enfant est importante. Ce choix repose sur une idée simple : un enfant évolue toujours dans un contexte qui influence ce qu’il traverse.
Le symptôme que l’on observe chez lui ne permet pas, à lui seul, de comprendre ce qui en est à l’origine. Prenons l’exemple d’un enfant très agité. Cette agitation peut être liée à de nombreuses situations différentes. Elle peut notamment témoigner :
d’une difficulté personnelle que l’enfant ne parvient pas encore à mettre en mots ;
d’un environnement dans lequel les limites sont difficiles à poser ;
d’une insécurité affective ;
de difficultés traversées par l’un de ses parents ;
de tensions ou de changements dans la relation entre ses parents ;
d’un événement familial qui l’a particulièrement déstabilisé.
...
Un même comportement peut donc avoir des significations très différentes selon l’histoire de l’enfant et de sa famille.
C’est pourquoi le premier entretien ne consiste pas uniquement à demander à l’enfant « ce qui ne va pas ». Il s’agit plutôt de dresser un tableau général de sa vie : son développement, son quotidien, ses relations, son histoire familiale, les événements qui ont précédé l’apparition des difficultés et la manière dont celles-ci sont vécues par chacun.
L’objectif est progressivement de mettre le symptôme en sens, plutôt que de chercher immédiatement à le faire disparaître.
Le premier entretien : comprendre avant d’agir
Le premier rendez-vous permet donc de prendre le temps de comprendre ce qui amène la famille à consulter.
Comment les difficultés sont-elles apparues ? Depuis quand ? Dans quelles situations se manifestent-elles ? Que se passe-t-il à la maison et à l’extérieur ? Comment les parents y répondent-ils ? Qu'est-ce qui a déjà été essayé ?
L’histoire de l’enfant est également importante : sa naissance, les premières années, les différents changements familiaux, son entrée à l’école, mais aussi l’histoire de ses parents et la manière dont ils ont vécu les différentes étapes de leur parentalité.
Cette approche permet parfois de découvrir que le symptôme de l’enfant prend une place particulière dans l’équilibre familial.
Faut-il ensuite voir l’enfant seul ou continuer en famille ?
Il n’existe pas une seule manière de mener une prise en charge psychologique d’un enfant.
Après ce premier échange, je peux proposer de recevoir :
l’enfant seul ;
les parents seuls ;
l’enfant et ses parents ensemble ;
ou, lorsque cela est pertinent, différents membres de la famille (fratrie, beaux-parents,...).
Le cadre évolue donc en fonction de ce qui se dégage des premières consultations.
L’objectif n’est pas de faire systématiquement des séances familiales, mais de déterminer où il est le plus pertinent de travailler pour aider l’enfant.
Parfois, quelques échanges avec les parents permettent de modifier certaines réponses apportées au comportement de l’enfant et d'observer rapidement une évolution. Dans d’autres situations, un travail individuel avec l’enfant sera davantage indiqué.
Et lorsque l’un des parents ne souhaite pas consulter ?
Il arrive qu’un membre de la famille refuse de participer à la démarche alors que les autres souhaitent consulter. Ce refus ne signifie pas nécessairement que la prise en charge est impossible. Il constitue également une information importante sur la situation familiale.
Il n’est pas toujours nécessaire que toute la famille soit présente pour commencer à travailler. Le cadre thérapeutique doit cependant pouvoir tenir compte de cette réalité et de la place de chacun.
En résumé, accompagner un enfant, c’est aussi chercher à comprendre l’environnement dans lequel il grandit et les relations qui participent à son équilibre. Une prise en charge familiale permet de donner du sens à ses difficultés, sans réduire l’enfant à ses symptômes. En travaillant avec lui, avec ses parents ou avec l’ensemble de la famille selon les besoins, il devient possible d’identifier ce qui se joue et de faire évoluer les interactions pour aider l’enfant à retrouver un quotidien plus serein.


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